Les origines des Amieux à Nantes

Le colportage

Remontons au 18ème siècle, dans l’Oisans. La pratique hivernale du colportage [1]  y est courante avec des spécialités aussi diverses que la mercerie, la bijouterie ou l’optique, la quincaillerie, l’herboristerie, les graines de semences ou les comestibles. Ces voyages saisonniers peuvent mener dans des régions voisines, Dauphiné et Savoie, mais aussi dans toutes les régions de France y compris l’Ouest et la Bretagne. Les plus aventureux parcourent l’Europe, certains jusqu’à Moscou ou Saint-Pétersbourg, voire outre Atlantique. Certains reviennent à la fin de l’hiver, d’autres partent plusieurs années ou s’implantent à destination. Un réseau d’accueil, de soutien logistique, de renseignement et de financement se constitue au fil du temps entre ces familles de colporteurs.

La Grave et Villar d’Arène

Dans les Hautes Alpes, en particulier, des natifs de deux communes proches, Villar d’Arène et La Grave sur la Haute Vallée de la Romanche, vont développer le colportage de plantes et d’épicerie puis parfois, dans une seconde période, implanter des magasins de comestibles ou du négoce d’épicerie, détail, demi-gros ou de gros, souvent vers le Centre et le grand Ouest (Montluçon, Orléans, Le Mans, Le Havre, Caen, Brest, Lorient, Rennes, Nantes).
On retrouve ainsi à Nantes, au début du 19ème siècle, de nombreux patronymes issus de ces communes, notamment pour Villar d’Arène Albert, Amieux, Bret, Clot, Gaillard, et pour La Grave, Aymon, Berthet, Carraud, Gravier, Jacquier, Liothaud, Michel, Paillas, Poyet, Rome, Salomon, Seonnet.

Liothaud et Aymon les précurseurs

Parmi les premiers installés à Nantes, Pierre Claude Liothaud, né à La Grave en 1784, fait commerce de fruits secs et d’agrumes rue Kervegan. Son fils, Eugène Casimir, épouse en 1855, Augustine Arsène Vincent, fille de Julie Vincent-Colin, confiseuse rue du Moulin. Son beau-frère, Claude Aymon, né à La Grave en 1793, s’installe lui aussi à Nantes pour y faire du négoce de fruits secs, olives, amandes, citrons, eau de fleur d’oranger, …  . Puis il est banquier. Un des témoins de la naissance de sa fille, Emilie Rosalie en 1827, est Germer Charles Louis Lizé, épicier et ancien dépositaire des conserves de Nicolas Appert à Nantes. Son frère, Jean Claude Aymon, né à La Grave en 1781, a créé un magasin de comestibles à Rennes en 1840, qu’il revendra plus tard à Amieux et Carraud [2].

« Les » Amieux

L’origine commune des Amieux « nantais » se situe dans la seconde moitié du 18ème avec le couple Jean Baptiste Amieux (1722 Villar d’Arène – 1797 Villar d’Arène) et Cécile Bret (1726 Villar d’Arène – 1768 Villar d’Arène). Des descendants de 4 branches vont avoir des activités professionnelles dans l’ouest qui vont se croiser, se compléter ou se contrarier. Ils vont souvent s’appuyer sur un réseau dense de natifs de La Grave et de Villar d’Arène. Et même s’ils ne sont pas tous de la même famille, le colportage et ses règles tissent des liens sur plusieurs générations.

Jérôme Amieux (1796 Villar d’arène – 1862 Nantes), un petit-fils, est installé en 1836 comme épicier à Brest, rue de Siam. Il est en relation d’affaires avec les Clot de Lorient [3]. Il fait aussi du négoce à Nantes où il s’installe ensuite. Sa femme, Aimée Sophie Bettinger est fille d’un tanneur nantais. Il veille sur un fils Clot pendant ses études à Nantes, est en affaires avec Liothaud, a des liens avec les Gravier installés à Orléans.
Son frère, Toussain [4] Amieux passe quelque temps à Brest vers 1836 mais revient dans l’Oisans après son mariage.  Un de ses neveu, Alexandre Amieux, le rejoint comme commis à Brest en 1853. Cela se passe mal, avec poursuites judiciaires entre oncle et neveu [5]. Le même Alexandre a également des problèmes de dettes avec les Clot de Lorient.

Un autre petit fils, Noël Faure (1810 Villar d’Arène – 1876 Villar d’Arène) qui se fait appeler Jérôme, est recensé à Brest en 1830 comme « commis marchand » avant de rejoindre ses montagnes.

Un arrière-petit-fils d’une autre branche, également nommé Jérôme Amieux (1851 Villar d’Arène – 1910 Nantes) mais se faisant appeler Jean-Baptiste, fait son apprentissage à Nantes chez Jacquier, un de La Grave, où il croise le cantalou Arsène Saupiquet. Installé comme conserveur, ses produits portent son nom : Amieux. D’où quelques frictions avec les Frères Amieux.

Enfin, issu d’une quatrième branche, Maurice Amieux (1807 Villar d’Arène – 1865 Toulouse), est d’abord à son compte puis associé à son gendre dans « Amieux – Carraud ». Son décès en 1865 entraînera rapidement la création de deux entreprises : Carraud – Amieux, celle de son gendre, et Amieux Frères, celle de ses deux fils, Jean Maurice Étienne et Auguste Émile.


[1] Robert-Muller Ch., Allix André. Un type d’émigration alpine : les colporteurs de l’Oisans. In: Revue de géographie alpine, tome 11, n°3, 1923. pp. 585-634;
[2] « Aux Frères Provençaux ». Enseigne que l’on retrouve dans plusieurs villes de France. Amieux et Carraud revendront ce commerce en 1856 à Juge qui le revend en 1868 à Salomon, deux patronymes de La Grave. Le Panthéon de l’industrie : journal hebdomadaire illustré du 24 février 1889. Consulté sur Gallica.
[3] Originaires de Villar d’Arène.
[4] Sic Toussain sans « t »
[5] Amieux. Villar d’Arène, La Grave, Nantes. Étude réalisée par l’association généalogique des Hautes Alpes. 1999

2025 Laurent Venaille

1 réflexion sur “Les origines des Amieux à Nantes”

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