Concurrence et coups bas,
de Nantes à la Nouvelle-Orléans : Colin contre Colin
La réussite de Pierre Joseph COLIN dans la fabrication de conserves, installé depuis 1824 rue des salorges à Nantes, suscite d’autres initiatives. Et parfois des pratiques commerciales douteuses telle cette exploitation d’homonymie.
1838 à Nantes
Dans plusieurs journaux du début d’année 1838[1] un avis de Joseph Colin, fabricant de conserves au 9 rue des salorges, signale « qu’une personne, habitant la même ville que lui, se permet, depuis plusieurs années, d’imiter les prénom et nom, formes, vignettes et marques des boîtes de son établissement. » Ces fabrications lui ayant injustement attiré des reproches, il en informe les négociants et précise qu’il a saisi le Tribunal de Commerce.
Quelques jours plus tard[2], alors qu’il réitère cet avis, un autre encart dans le même journal, signé de Joseph Colin, place du Pilory, reconnaît son commerce mais se défend de vouloir imiter son homonyme et considère que ses produits sont aussi bons et n’induisent pas les clients en erreur.
Le 30 mai 1838 le Tribunal de Nantes tranche en faveur du Colin des salorges, avis renforcé par un arrêt de la Cour Royale de Rennes le 21 juillet suivant. Lequel précise que Julien-Joseph-Marie Colin et François Deffès ont profité de la similitude de nom pour écouler des produits fabriqués par Deffès. Ils doivent retirer « Colin » des étiquettes ou l’associer au nom de Deffès et sont condamnés aux dommages-intérêts et aux dépens.
1839 à La Nouvelle-Orléans
Rebondissement début 1839 avec plusieurs avis[3] de Joseph Colin de la rue des salorges dénonçant une nouvelle malversation aux États Unis, en particulier à La Nouvelle Orléans, où des agents présentent la maison Colin et Deffès comme successeurs de Joseph Colin. Rappel de la supercherie et de la condamnation dans plusieurs journaux au moins jusqu’en janvier 1840[4].

Qui sont les protagonistes ?
L’affaire est née de la rencontre, fortuite ou intéressée, entre le fabricant de conserves, Deffès, en recherche de notoriété, et un ex conducteur de diligence devenu épicier, Julien Joseph Marie Colin.
François Deffès « Jeune » ou « Cadet », né en 1802 à Rieumes (Haute Garonne), arrive à Nantes vers 1827 où il s’installe comme « confiseur ». Dès 1829, il tente des fabrications de conserves directement sur les lieux de pêche, et démontre l’intérêt de ce choix. A partir de 1837 il développe la fabrication de conserves à plus grande échelle, à Nantes au Mont Saint Bernard, à Piriac, puis à Croix de Vie. A l’époque c’est le seul véritable concurrent de Pierre Joseph Colin.
Julien Joseph Marie Colin est né à Quimperlé en 1785. Il est déjà domicilié à Nantes en 1814. Au moins jusqu’en 1826 il est conducteur de diligences puis recensé en 1834 comme « épicier en détail » place du Pilori. Son fils, Joseph Eugène Henri, prend sa suite.
Première d’une longue série
Même devenu « produit de masse », la conserve restera longtemps l’objet de contrefaçons.
[1] Lloyd nantais du 28 avril 1838 AD 44
L’Hermine 30 avril 1838 Retronews
[2] Lloyd nantais du 4 mai 1838 AD 44
[3] Lloyd nantais des 2, 3, 4, 5 et 6 avril 1939 AD44
[4] 16 parutions au moins dans « Le sémaphore de Marseille » entre le 15 février 1839 et
le 22 janvier 1840
2025 Laurent Venaille
